Mot essentiel n° 3 – Hypomanie : états d’excitation facilement trompeurs

Au début du trouble bipolaire, les épisodes hypomaniaques (épisodes d’humeur excessive, d’intensité modérée) sont souvent mal interprétés et ne sont pas repérés comme pathologiques : le patient les trouve agréables, l’entourage familial les trouve peu gênants, le milieu professionnel peut les trouver « fonctionnels » du fait de l’augmentation de l’activité et de l’apparente créativité.
C’est lors d’épisodes hypomaniaques plus graves que sont réinterprétées a postériori ces périodes d’excitation comme étant les premières manifestations du trouble bipolaire.
Une reconnaissance rapide par le patient et par l’entourage des signes d’alerte de l’épisode hypomaniaque, permet un traitement précoce ce qui diminue la gravité et la durée de l’épisode (parfois de l’éviter), et ce qui permet surtout d’éviter l’évolution vers un épisode maniaque aigu.

SOMMAIRE

1. Les symptômes de l’hypomanie sont « en miroir » par rapport à ceux de la dépression

2. Devant des variations excessives de l’humeur, certains éléments confortent leur caractère pathologique (hypomaniaque)

3. Au moment du diagnostic du trouble bipolaire, l’histoire des épisodes hypomaniaques est souvent ancienne

4. C’est souvent l’entourage qui s’inquiète d’un comportement hypomaniaque

5. Au moment des premiers épisodes hypomaniaques, le plus souvent, le patient ne se plaint de rien

6. Devant des épisodes hypomaniaques modérés, le patient récuse souvent le diagnostic de trouble bipolaire

7. Consulter un psychiatre dès les premiers symptômes hypomaniaques est souhaitable

8. Recourir à un autoquestionnaire d’hypomanie

9. Au moment des premiers épisodes hypomaniaques, le patient est souvent réticent à l’idée de se traiter

10. Des habitudes de vie à mettre en place

11. Signes de gravité d’un état hypomaniaque

12. Consultation dans un centre expert du trouble bipolaire

1.Les symptômes de l’hypomanie sont « en miroir » par rapport à ceux de la dépression

Ce qui alerte au début sur le caractère pathologique d’une humeur excessive, c’est la rupture rapide, importante et persistante de l’humeur par rapport à l’humeur habituelle ainsi que les conséquences négatives du comportement (personnelles, familiales, sociales).

Quels sont les signes majeurs du syndrome hypomaniaque ?

En simplifiant, le syndrome hypomaniaque comporte 5 groupes de symptômes majeurs (ils sont, à l’inverse, « en miroir » par rapport aux symptômes de la dépression).
1. Humeur « excessive », c’est-à-dire joviale, euphorique, entreprenante (à l’inverse de la tristesse de la dépression).
2. Exacerbation des activités plaisantes et des activités de loisir (à l’inverse de l’abandon des activités de loisir au cours de la dépression).
3. Vision anormalement optimiste (à l’inverse de la vision pessimiste de la dépression) :
– de soi-même (augmentation de l’estime de soi, de la confiance en soi) ;
– de la vie (« l’avenir est resplendissant, le monde est merveilleux ; il appelle les projets les plus mirifiques, il faut être audacieux »…) ;
– des autres (enthousiasme dans les relations affectives, sociales et professionnelles).
4. Hyperactivité intellectuelle et physique (à l’inverse du ralentissement de la dépression) :
– les idées et les paroles défilent vite ; une distractibilité gêne le discours et l’activité (le patient passe du coq à l’âne) ; il y a une hyperactivité et une créativité intellectuelles « positives », du moins au début ;
– le patient est volubile, agité, impulsif (ce qui favorise les disputes, voire les bagarres).
5. Retentissement physique général :
– perte du besoin de sommeil (le patient se réveille en « pleine forme » sans aucune fatigue après 2 ou 3 heures de sommeil) ;
– absence de fatigue (perte du besoin de repos) ;
– perte du besoin de s’alimenter ;
– exacerbation de la libido, hyperactivité sexuelle.
Les symptômes hypomaniaques ne sont pas tous présents au même moment, avec la même intensité, chez un même patient.
Certains éléments confirment le caractère pathologique des symptômes :
– rupture nette, rapide, importante par rapport à l’humeur et au comportement antérieurs ;
– persistance de l’humeur excessive dans la journée et sur plusieurs jours ;
– retentissement négatif sur le fonctionnement familial et social (disputes, conflits professionnels, conduites à risque, etc.) ;
– résultat « positif » du passage d’un autoquestionnaire d’hypomanie.

2.Devant des variations excessives de l’humeur, certains éléments confortent leur caractère pathologique (hypomaniaque) 

Au début du trouble bipolaire, c’est souvent l’entourage qui s’alerte devant des variations « excessives » (dépressives ou maniaques) de l’humeur du patient : changements nets, rapides, persistants, en rupture brutale avec le comportement habituel, qui retentissent sur la vie quotidienne.

Qu’est-ce qui aide à faire la différence entre des variations « normales » de l’humeur et les variations pathologiques d’un trouble bipolaire ?

Chez une personne qui a une humeur instable (fluctuations de l’humeur tantôt dépressive tantôt exaltée) certains éléments orientent fortement vers le caractère pathologique des variations de l’humeur et du comportement.
– La variation de l’humeur et du comportement est une rupture nette, rapide par rapport à l’humeur habituelle (sur 1 ou 2 jours parfois même en quelques heures) ; elle est évidente pour l’entourage (familial ou professionnel) qui souvent s’alerte en premier.
– La rupture dans le comportement survient sans raison réelle.
– La variation de l’humeur persiste dans le même sens (dépressif ou maniaque), dans la journée et durant plusieurs jours, indépendamment du facteur déclenchant initial éventuellement évoqué (ce n’est pas un « mouvement d’humeur » de quelques heures !).
– Il y a une aggravation au fil du temps ; la reconstitution de l’histoire montre que les périodes de variations de l’humeur sont de plus en plus fréquentes, prolongées, importantes.
– Le retentissement est de plus en plus important :
– l’humeur dépressive retentit sur le fonctionnement quotidien (perte d’affectivité, perte d’efficacité au travail, etc.) ;
– l’humeur hypomaniaque a des conséquences graves facilement sous-estimées par le patient (l’absence de conscience des prises de risques excessifs et absurdes suffit pour affirmer le caractère pathologique du trouble de l’humeur).
Les résultats positifs d’un autoquestionnaire d’hypomanie et d’un autoquestionnaire de dépression, passés en consultation, confortent l’hypothèse de périodes de dépression et de périodes hypomaniaques.

3. Au moment du diagnostic du trouble bipolaire, l’histoire des épisodes hypomaniaques est souvent ancienne

Un retard important dans le diagnostic et donc dans la mise en route du traitement aggrave le pronostic du trouble bipolaire : à court terme (risque d’épisodes graves), à moyen terme (retentissement psychosocial), à long terme (épisodes plus rapprochés et plus graves).

Qu’est-ce qui explique le délai de plusieurs années souvent constaté entre le début des troubles et le diagnostic de trouble bipolaire ?

En moyenne, en France, le délai est de 8 ans environ entre l’âge du début des troubles de l’humeur (vers 20 et 22 ans) et le moment où le diagnostic de trouble bipolaire (TBP) est porté.
Ce retard habituel dans le diagnostic de TBP a plusieurs raisons.
– Au début de la maladie, les variations de l’humeur sont souvent longtemps modérées, facilement attribuées à la personnalité de la personne (jugée «triste» ou «excitée»), ou à des événements et des incidents de la vie quotidienne.
– Des variations modérées de l’humeur n’alertent pas nécessairement aussi longtemps qu’elles n’ont pas eu de conséquences graves sur la vie du patient et de la famille (aussi longtemps qu’elles sont « supportables »).
– Une première dépression (voire les une ou deux dépressions suivantes) est souvent considérée comme une dépression « unipolaire » (dépression au sens habituel du terme) et non pas comme l’épisode dépressif d’un TBP lorsque des périodes hypomaniaques modérées sont passées inaperçues ou ont été mal interprétées.
– Les variations de l’humeur sont parfois attribuées par le médecin à un trouble mental autre que le TBP (d’autant que ces troubles peuvent accompagner le TBP avec une fréquence relativement élevée) : cyclothymie, trouble anxieux, personnalité « borderline », etc.
De manière générale, un retard de plusieurs années dans le diagnostic et donc le traitement du TBP aggrave le pronostic :
– à court terme, c’est s’exposer à un épisode majeur, dépressif ou maniaque, pouvant avoir des complications graves ;
– à moyen terme, c’est laisser s’aggraver le retentissement du TBP sur la vie quotidienne (souffrance personnelle, souffrance familiale, altération de la vie sociale) ;
– à long terme, c’est laisser le TBP s’aggraver de manière irréversible : les épisodes de décompensation de l’humeur seront plus fréquents, plus prolongés, plus graves, plus difficiles à traiter ; les symptômes résiduels durant les périodes de rémission seront plus importants.

 4. C’est souvent l’entourage qui s’inquiète d’un comportement hypomaniaque

Après plusieurs épisodes hypomaniaques, le patient et plus encore l’entourage apprennent à reconnaître les symptômes qui conduisent à déclencher l’alerte. Les « bascules » dépressives qui suivent, repérées comme pathologiques, aident à comprendre que les états hypomaniaques ne sont pas isolés ; ils font partie de cette maladie cyclique de l’humeur qu’est le trouble bipolaire.

Qu’est-ce qui alerte souvent l’entourage du patient au début d’un épisode hypomaniaque ?

Certaines personnes ont un tempérament plus ou moins « excité » (personnalités joviales, enthousiastes), ou un « tempérament sanguin » (facilement emporté, téméraire), dans les limites de la normale. Même chez ces personnes, la différence est nette quand survient un trouble hypomaniaque : le patient hypomaniaque est quelqu’un de beaucoup plus « excité » que la normale, surtout par rapport à son état antérieur.
La survenue d’un état hypomaniaque marque une rupture nette par rapport au comportement antérieur ; cette « cassure » dans la vie de la personne, par rapport à l’humeur et au comportement habituels, surprend et alerte l’entourage.
Le patient hypomaniaque dort peu, et pourtant il n’est jamais fatigué ; il fait de nombreux projets (parfois extravagants) qui tournent court ; il provoque des incidents relationnels (dans sa famille, au travail, avec ses amis) ; il se met dans des situations à risque excessif (sans justification, sans précautions) qui peuvent avoir des conséquences préjudiciables (professionnelles, financières, juridiques), parfois catastrophiques si l’excitation s’aggrave. Dans ces situations, le patient hypomaniaque se met facilement en danger et il met en danger sa famille.
L’entourage est souvent épuisé et exaspéré car le patient hypomaniaque est en permanence hyperactif, agité, impliqué dans de nouveaux projets (y compris durant la nuit… puisqu’il ne dort pas) ! Le nouveau comportement retentit sur le fonctionnement et l’équilibre de la famille.
Attention ! La gaieté, la confiance en soi, l’optimisme, comportements longtemps agréables pour le patient, le sont parfois aussi pour la famille, ce qui peut être trompeur : le patient hypomaniaque peut être pendant longtemps un ami, un conjoint, un partenaire brillant et agréable… avant que les ennuis commencent !

5. Au moment des premiers épisodes hypomaniaques, le plus souvent, le patient ne se plaint de rien

Au moment d’un état hypomaniaque, le patient n’a pas pleinement conscience du caractère pathologique de son état, surtout lors des premiers épisodes. Dès l’amélioration des symptômes sous l’effet du traitement stabilisateur de l’humeur, un travail psychothérapique aide le patient à prendre conscience du caractère pathologique de ses périodes d’humeur excessive.

Pourquoi au moment d’un état hypomaniaque le patient ne ressent-il pas nécessairement le besoin de consulter ?

Lors des premiers épisodes hypomaniaques, le patient avec un trouble bipolaire (TBP) ne ressent pas toujours le besoin de consulter pour diverses raisons :
– pendant un état hypomaniaque, le patient n’a pas pleinement conscience du caractère pathologique de son état ; il n’est pas facilement accessible aux remarques de l’entourage et au raisonnement rationnel du médecin ;
– l’état hypomaniaque est un état agréable (de plénitude, d’exaltation, de satisfaction) ; pour le patient « tout va bien », et même « tout va très bien » ; il n’a pas de raison de se plaindre ou de changer de comportement ;
– à distance de l’épisode hypomaniaque, le patient garde souvent une certaine « nostalgie » de l’état d’euphorie, de performance et de bien-être dans lequel il était, ce qui peut contribuer au déni d’un nouvel épisode en train de commencer ;
– le comportement hypomaniaque peut avoir des aspects positifs (il paraît augmenter pendant un certain temps l’efficacité et la créativité).
Le médecin et l’entourage ne peuvent pas s’opposer de front au ressenti du patient hypomaniaque ; le travail du médecin consiste à :
– amener le patient à prendre conscience progressivement du caractère pathologique de ses comportements, en particulier en s’appuyant sur la mise en évidence des conséquences négatives, familiales et sociales ;
– aider le patient à repérer que les phases hypomaniaques alternent avec des périodes de dépression, qu’il s’agit des deux facettes d’une même maladie, le trouble bipolaire.
Avec la répétition des épisodes, le patient apprend progressivement à reconnaître le caractère anormal de tel ou tel changement de comportement qui annonce un état maniaque.

6. Devant des épisodes hypomaniaques modérés, le patient récuse souvent le diagnostic de trouble bipolaire

Au début du trouble bipolaire, en l’absence d’épisodes majeurs dépressifs ou maniaques, un travail du médecin est d’aider le patient à repérer l’instabilité de son humeur qui oriente vers le diagnostic de trouble bipolaire. Pour cela, il insiste sur le retentissement négatif (personnel, familial, social) du comportement au moment des périodes d’humeur excessive.

Pourquoi le patient a-t-il souvent des difficultés, au début, à envisager le diagnostic de trouble bipolaire ?

Au début d’un trouble bipolaire (TBP), aussi longtemps qu’il n’y pas eu d’épisode dépressif ou maniaque majeur caractérisé (ayant imposé un traitement stabilisateur de l’humeur, parfois une hospitalisation), le patient a souvent des difficultés pour admettre que ses variations de l’humeur sont pathologiques, c’est-à-dire qu’elles dépassent les variations normales de l’humeur de tout un chacun, ce pour diverses raisons.
– Aussi longtemps que les variations de l’humeur sont modérées, le patient ne se reconnaît pas dans les tableaux caractéristiques de la dépression et de la manie tels que décrits sur internet : une longue liste de symptômes d’allure grave (en fait les symptômes de la dépression et de la manie ne sont pas tous présents, au même moment, avec la même intensité, chez un même patient et ils ne sont pas le plus souvent aussi graves).
– Le patient attribue facilement ses changements d’humeur et de comportement à des événements extérieurs, en fait des événements banals de la vie quotidienne sans aucun rapport ou sans commune mesure avec le changement de comportement et avec son importance.
– Après une période dépressive, le patient préfère ne pas évoquer à nouveau sa souffrance et l’image dévalorisante qu’il a pu donner de lui-même auprès de sa famille et au travail.
– Après une période hypomaniaque, le souvenir qu’en a le patient est très souvent agréable : des états d’euphorie, d’exaltation, de confiance en soi, de toute-puissance n’incitent pas à se plaindre ! Ces états sont longtemps attribués à une personnalité soi-disant « enthousiaste » et « fantasque » à laquelle le patient et l’entourage se sont habitués.
Par ailleurs, de manière générale, admettre que l’on a une maladie chronique (qui de plus est une maladie psychiatrique) n’est jamais facile ; consulter pour la première fois un psychiatre est trop souvent ressenti aujourd’hui encore comme honteux ou inquiétant.

7. Consulter un psychiatre dès les premiers symptômes hypomaniaques est souhaitable

Devant l’état hypomaniaque modéré d’un trouble bipolaire, un médecin généraliste peut commencer le traitement (médicament stabilisateur de l’humeur, psychothérapie de soutien, mesures environnementales) avant que le patient puisse consulter un psychiatre. Cette attitude permet d’éviter dans certains cas qu’un épisode hypomaniaque non traité évolue vers un épisode maniaque aigu aux conséquences plus graves.

Qu’attendre de la consultation d’un psychiatre devant un état hypomaniaque d’intensité modérée révélateur d’un trouble bipolaire ?

En cas d’épisode hypomaniaque possible ou probable, la consultation d’un psychiatre est très souhaitable pour plusieurs raisons :
– affirmer définitivement le diagnostic de trouble bipolaire (TBP), une maladie chronique qui nécessite une prise en charge au long cours ;
– écarter ou prendre en compte d’autres hypothèses (toxicomanie, autre trouble mental) ;
– faire une évaluation psychiatrique globale de la situation : degré de gravité de l’épisode ; risque suicidaire ; éventuelles maladies associées (trouble anxieux, trouble préexistant de la personnalité, autres) ; bilan des éventuels facteurs environnementaux favorisants, etc. ;
– choisir au mieux, en traitement d’attaque, le premier médicament stabilisateur de l’humeur (qui pourra, ou pas, être le médicament utilisé en traitement de fond après la résolution de l’épisode hypomaniaque) ;
– mettre en place les mesures thérapeutiques non médicamenteuses (psychoéducation, psychothérapie de tel ou tel type, mesures de vie quotidienne).
Au cours d’un syndrome hypomaniaque modéré révélateur du TBP, le patient récuse parfois l’idée de consulter un psychiatre. Dans ce cas, un médecin généraliste qui a l’expérience de cette maladie (quitte à prendre l’avis d’un psychiatre avec qui il a l’habitude de travailler) peut commencer le traitement (médicament stabilisateur de l’humeur, psychothérapie de soutien, mesures de vie quotidienne), en attendant que le patient consulte en milieu psychiatrique quelques semaines ou quelques mois plus tard.
Si nécessaire, en cas d’épisode comportant des signes de gravité (excitation et agitation intenses, prises de risque considérables), le médecin généraliste peut demander des mesures de protection : protection juridique pour éviter les conséquences sociales, hospitalisation libre, ou hospitalisation pour « soins sans consentement à la demande d’un tiers » quand le patient n’est pas en mesure de donner un consentement libre et éclairé.

8. Recourir à un autoquestionnaire d’hypomanie

Au début du trouble bipolaire, recourir à un autoquestionnaire d’hypomanie aide le patient à admettre le caractère pathologique de ses périodes d’humeur excessive et à identifier les signes d’alerte personnel d’un nouvel épisode.

Comment utiliser un autoquestionnaire d’hypomanie ?

Le questionnaire d’hypomanie proposé au patient a plusieurs utilisations.
Il peut aider le médecin à :
– conforter l’hypothèse d’une hypomanie (cependant, l’affirmation du diagnostic d’état hypomaniaque ne peut pas reposer sur le seul fait que le questionnaire est « positif ») ;
–  dialoguer avec un patient qui récuse le caractère pathologique d’épisodes d’humeur excessive manifestement hypomaniaques.
Il peut aider le patient (et son entourage) à :
– reconnaître le caractère pathologique de son état émotionnel ;
– apprendre à mieux identifier les signes d’alerte d’une récidive hypomaniaque (dans un but « éducatif » tout patient avec un trouble bipolaire a intérêt à consulter un questionnaire d’hypomanie).
Un questionnaire type comporte 14 questions (cf. page 94). Il est jugé « positif », c’est-à-dire très en faveur d’un état hypomaniaque (actuel ou passé), quand 3 conditions sont réunies :
– il y a (il y a eu au fil des épisodes) 7 symptômes présents sur 14 ;
– en plus, il y a (il y a eu) plusieurs symptômes présents en même temps au moment d’un même épisode ;
– en plus, les symptômes ont été assez importants pour avoir posé des problèmes dans la vie quotidienne,
Attention ! Un autoquestionnaire d’hypomanie « positif » ne suffit pas à lui seul pour affirmer un diagnostic de TBP. Pour affirmer un TBP à partir d’un ou plusieurs épisodes hypomaniaques, il est nécessaire de retrouver dans les antécédents un ou plusieurs épisodes de dépression.

9. Au moment des premiers épisodes hypomaniaques, le patient est souvent réticent à l’idée de se traiter

Un traitement stabilisateur de l’humeur est souhaitable dès les premiers épisodes hypomaniaques, même quand ils sont d’intensité modérée : la prévention des épisodes majeurs (maniaques et dépressifs) améliore considérablement le pronostic à long terme.

Au début du trouble bipolaire, quels arguments aident le médecin à motiver le traitement d’un état hypomaniaque auprès d’un patient réticent ?

Une fréquente difficulté au moment des premiers épisodes hypomaniaques est que le patient ne ressent pas la nécessité de se traiter, alors même qu’il accepte le diagnostic de trouble bipolaire (TBP).
Il est vrai que le traitement stabilisateur de l’humeur n’apportera pas de bénéfice immédiat : « pourquoi voulez-vous me donner un médicament ? Je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma vie ! ».
Dans cette situation, une « négociation » du médecin avec le patient (en présence du conjoint ou d’un proche, chaque fois que possible) s’appuie sur les bénéfices à attendre du traitement :
– dans l’immédiat, prévenir une aggravation de l’état hypomaniaque (« vous avez déjà connu les conséquences possibles de ces périodes, dépenses inconsidérées, perte d’emploi, etc. ») ;
– à moyen terme, éviter un nouvel épisode hypomaniaque et surtout un épisode de dépression (« vous avez déjà constaté la sévérité et les conséquences de la dépression alors que vous aviez refusé le traitement préventif des épisodes ; vous savez que les épisodes sont plus sévères, plus prolongés, plus déstructurants que les épisodes hypomaniaques ; vous n’avez sûrement pas envie que ça recommence… ») ;
-– à long terme, préserver l’avenir ; en l’absence de traitement, l’évolution naturelle du TBP est une aggravation au fil des années ; les épisodes de décompensation de l’humeur sont souvent de plus en plus rapprochés, de plus en plus graves, de plus en plus prolongés ; les troubles résiduels (les séquelles) sont de plus en plus importants : « vous devez préserver très tôt votre vie familiale, professionnelle et sociale ; votre qualité de vie et celle de votre famille dans les années à venir dépendent pour une large part de la précocité du traitement du trouble bipolaire ».

10. Des habitudes de vie à mettre en place

Dès le début des symptômes d’une récidive hypomaniaque, la mise en place des habitudes de vie recommandées, en plus du traitement stabilisateur de l’humeur, permet souvent de diminuer la sévérité et la durée de l’épisode, parfois même d’enrayer son installation.

Quels aménagements de la vie quotidienne mettre en œuvre dès le début d’un épisode hypomaniaque ?

De manière générale, certaines habitudes de vie diminuent la fréquence et l’importance des symptômes hypomaniaques ; les mots clés sont « régularité » et « modération ».
Sont recommandés
– La régularité du sommeil. La perte du sommeil est à la fois une cause et une conséquence possibles des épisodes thymiques (insomnie de la dépression ; perte du besoin de sommeil au cours de l’état hypomaniaque ou maniaque). Avoir un sommeil de quantité et de qualité suffisantes est un véritable objectif thérapeutique. Pour cela, se lever tôt, chaque jour à la même heure ; ne pas dormir dans la journée ; se coucher à une heure régulière ; éviter dans la soirée les facteurs d’excitation comme le café (arrêter la télévision une heure avant le coucher).
– La régularité des horaires de travail (tout autant que possible). Sont à éviter les horaires irréguliers et morcelés, le surmenage professionnel, le travail nocturne (le travail posté 3 x 8 heures est un « interdit »).
– La régularité dans l’horaire des repas.
– La « modération » au cours des fêtes familiales (ces fêtes sont l’occasion de boire beaucoup d’alcool, de se coucher tard, de faire des dépenses…).
Sont à éviter
– Les fêtes à l’extérieur, prolongées dans la nuit, avec consommation d’alcool, épuisement physique.
– Les stress persistants, familiaux (difficultés relationnelles et pécunières) ou professionnels (difficultés d’attention et de concentration) ; le surinvestissement professionnel est à la fois un risque et un signe d’hypomanie !
– L’excès habituel d’alcool (souvent pris au début de la maladie pour atténuer l’anxiété) ; l’abus d’alcool conduit facilement à une addiction, c’est un facteur déclenchant majeur des épisodes.
– L’activité physique régulière et le sport, utiles en période de rémission du trouble bipolaire sont des facteurs d’excitation à éviter aux moments des états hypomaniaques.
– Les drogues, par définition « psychoactives », sont évidemment un interdit (cannabis, cocaïne, amphétamine, etc.)

11. Signes de gravité d’un état hypomaniaque

Au cours d’un état hypomaniaque, des prises de risque inconsidérées et l’absence d’un accompagnement familial suffisamment efficace peuvent faire demander une hospitalisation.

Quels signes de gravité d’un état hypomaniaque font prendre des précautions (hospitalisation, protection juridique) ?

De manière générale, quand un épisode sévère du TBP nécessite une hospitalisation, le médecin privilégie d’abord une hospitalisation « libre », négociée avec le patient (un principe général du traitement des troubles psychiatriques est de fonder les soins sur l’adhésion du patient, tout autant que possible). Si nécessaire le médecin organise une « hospitalisation sans consentement à la demande d’un tiers ».
Les motifs qui font demander l’hospitalisation devant un état hypomaniaque sont principalement les troubles exposant à des risques multiples (financiers, juridiques, etc.) alors que l’entourage, absent ou dépassé par les événements, ne peut endiguer les débordements.
De manière générale, l’hospitalisation est envisagée dans les situations suivantes du trouble bipolaire (recommandations 2009 de la Haute Autorité de santé) :
– trouble majeur du comportement pouvant avoir des conséquences préjudiciables pour le patient, l’entourage ou les soignants ;
– menace suicidaire ;
– épisode sévère, résistant à un traitement bien conduit par un médicament stabilisateur de l’humeur de première intention ;
– épisode associé à d’autres troubles psychiatriques (épisode délirant) ;
– retentissement sévère sur la santé physique ;
– contexte de vie défavorable : isolement, soutien sociofamilial insuffisant, épuisement de l’entourage, etc.

 12. Consultation dans un centre expert du trouble bipolaire

Le recours à un centre expert du trouble bipolaire aide le patient et les médecins dans les cas difficiles : au début de la maladie en cas d’incertitude de diagnostic, en cas de gravité, encas d’évolution non favorable malgré le traitement.

Quand envisager de consulter dans un centre expert du trouble bipolaire ?

L’équipe multidisciplinaire d’un centre expert du trouble bipolaire (TBP)réunit les compétences et les moyens permettant de faire une évaluation exhaustive des problèmes diagnostiques et thérapeutiques posés par un patient avec un trouble bipolaire dans des cas difficiles, au début de la maladie ou au cours de l’évolution.
L’expertise porte en particulier sur les points suivants :
– reconstitution détaillée de l’histoire du patient (description des épisodes thymiques, évaluation de l’efficacité des traitements déjà mis en œuvre) ;
– recherche des critères diagnostiques permettant d’affirmer (ou d’écarter) avec une très forte probabilité un diagnostic de TBP encore incertain ;
– évaluation approfondie du retentissement du TBP, sur les plans personnel, familial, social, professionnel ;
– évaluation et traitement des troubles psychiques éventuellement associés au TBP (trouble anxieux, trouble de la personnalité, addictions à l’alcool et au tabac, toxicomanie) ;
– évaluation spécialisée, si nécessaire, des difficultés intellectuelles (troubles cognitifs) ;
– organisation et mise en œuvre des traitements non médicamenteux (psychoéducation, thérapie cognitivocomportementale, thérapie familiale, mesures environnementales visant à stabiliser l’humeur) ;
– organisation des aides sociales (aménagements professionnels,  méthodes de réhabilitation psychosociale).
Le recours à un centre expert du TBP aide plus particulièrement le médecin généraliste et le psychiatre sur les points suivants :
– étayer définitivement un diagnostic encore incertain (qui engage pour la vie) ;
– choisir le médicament stabilisateur de l’humeur le plus adapté à la situation du moment ;
– ajuster un traitement stabilisateur de l’humeur insuffisamment efficace ou mal toléré ;
– améliorer une relation avec le patient devenue difficile au fil des années.
Le recours à un centre expert du TBP peut aider le patient à :
– admettre le diagnostic de TBP et la nécessité de se traiter ;
– avoir d’emblée, en cas de forme grave, la prise en charge la plus globale possible de son TBP ;
– rétablir une relation de confiance avec son médecin érodée au fil des années et des difficultés rencontrées.